PARLER DEUX LANGUES EST-IL UN ATOUT OU UN HANDICAP POUR LES ENFANTS ?
En France, un enfant sur cinq naît dans un foyer bilingue. Il n’y a pas beaucoup de différences
dans le développement du langage entre un enfant bilingue et un enfant monolingue. « À
24 mois, les enfants connaissent une cinquantaine de mots, souligne Barbara Abdelilah-Bauer,
linguiste. Pour les enfants bilingues, ces mots sont partagés entre les deux langues. » Cette situation
pourrait laisser croire qu’il y a un retard dans l’apprentissage d’une des deux langues, mais
« quand on étudie le vocabulaire des enfants bilingues et monolingues à trois ans, on trouve le même
nombre de mots, en moyenne. »
Chaque famille a sa propre expérience du bilinguisme. Ainsi, Johanna, qui est irlandaise et
vit à Nantes, témoigne : « En France, si je parle anglais à mon fils, Mathias, il me répond plutôt en
français. Ce n’est qu’en Irlande, là où vit ma famille, et au bout de quelques semaines, qu’il fait des
phrases en anglais. Lorsqu’il m’arrive de me fâcher contre mon fils, j’utilise spontanément ma langue
maternelle. Je regrette tout de suite après car j’ai peur qu’il associe la langue anglaise à quelque chose
de désagréable. »
Ibsen est danois. Pour lui, parler sa langue maternelle avec ses filles, c’est surtout transmettre
quelque chose de la culture danoise. « Je leur apprends des chansons en danois et elles regardent
aussi des dessins animés en danois. Mais dans leur vie quotidienne, comme à l’école ou avec leurs
copains, c’est clair, c’est le français qui l’emporte. Ce n’est vraiment pas simple de transmettre sa langue
lorsqu’on n’est pas dans son pays d’origine ! »
Barbara Abdelilah-Bauer évoque un autre point : « Encore aujourd’hui, certains pensent qu’un
enfant élevé dans deux langues différentes réussit moins bien à l’école. » Ce qui est faux. De plus,
les langues n’ont pas la même image dans la société. « Malheureusement, on voit souvent la
capacité à parler anglais comme une force, mais pas forcément d’autres langues, regrette Barbara
Abdelilah-Bauer. Je reçois par exemple des couples franco-espagnols qui n’ont qu’une envie : que leur
enfant apprenne l’anglais. »
D’après Oihana GABRIEL
Selon Barbara Abdelilah-Bauer, vers 3 ans, les enfants bilingues…